Simplement pour m'offrir un traître plaisir que je condamne, voici un court (enfin, ce que je peux faire de court) texte écrit pour une amie, composé pour se retrouver entre les pages de son album de finissants. Une amie que je n'ai connu qu'à la dernière année de notre secondaire, preuve que le temps nous réserve toujours le meilleur et le plus doux pour la fin.
Pourquoi « un traître plaisir que je condamne » ? Simplement parce que c'est un peu comme exposer une partie de moi, de mon intimité de mes sentiments. Moi qui m'était mis en tête de faire de ce blog un lieu d'écriture argumentative et vide de toute émotion. Mais voilà, toute personne qui a des opinions... a forcément aussi un c½ur. Et voilà que je contredis mes propres pensées. C'est triste, c'est heureux. C'est la vie.
Donc, merde mes propres principes, vive les émotions.
À noter qu'il s'agit de la deuxième partie du texte d'album, la première étant plutôt de l'ordre du peu poétique, voir carrément vulgaire pour un sentiment aussi complexe que l'amitié.
Bonne lecture!
« Je pose ma plume sur ce fragment de mémoire que deviendra bientôt ce volume de peaux d'enfants, ceux que nous sommes aujourd'hui, que nous tuerons demain.
Et puis lentement, lestement, je te dessine. Je ne suis ni grand bohême ni artiste de gala, mais je m'inspire de toi, tel l'enfant s'inspire d'une branche d'arbre pour conquérir le monde. Je cours donc, le stylo au poing, chassant l'oubli et ces années qui passeront, faisant fuir les adieux de mes coups de crayon. Bientôt, me voici qui siège la grande cité, capitale du pays de ma mémoire où cohabitent les grandes églises majestueuses et les taudis déchirés par mes propres mains. D'un seul coup, je m'élance, pour capturer tous ces rires et ces sous-rires que nous avons échangés, vers la place centrale de la ville, là où, en une gargantuesque fontaine de marbre, les gargouilles horribles à la peau de crapaud et les anges fantasmés à la peau de femme crachent ensemble, sans discrimination, le temps, leur salive et l'eau dans un grand bassin où se noient le reflet des souvenirs et des immeubles des alentours.
Je remarque, à une fenêtre, une femme m'envoie la main, le sourire dans la main et des fleurs sur les lèvres. C'est toi. À une autre, deux amis parlent de c½ur par le par c½ur de leur c½ur nostalgique, autour d'un café fumant une odeur veloutée, chaleureuse et latine. C'est nous. Dans les deux appartements, les rideaux dansent comme des colombes autour de ton corps, comme des ruisseaux de tissu qui te couvrent contre le froid et la suie des mauvaises mains.
Et je m'assied sur une pierre de la fontaine, admirant la splendeur qui rayonne autour de notre amitié. La lumière dont tu es la source et moi l'adorateur secret. Sans m'en rendre compte, le temps qui passe par la bouche des figures de marbre éclabousse sur mes cheveux, ma peau et mes os. Je me fige lentement, sans m'en rendre compte, dans l'admiration que je fais de nous deux buvant du temps à la caféine dans une tasse en carton, là, dans l'appartement d'en face. Je me fais statue à la fragile stature, gargouille et ange à la fois, devant l'autre fenêtre d'où tu me fleuris un sourire de crème, de rire et de peau de pêche.
Mais voilà, à présent, que je ne suis plus qu'une statue dans mes propres souvenirs. Mais voilà que je deviens incapable de me mouvoir, de faire le moindre geste désespéré. Mais voilà que l'horreur survient, que la lumière que nous a prêté la vie se transforme en une boule de feu, une explosion intemporelle. Mais voilà que ces rideaux qui te tournent autour à l'insu de jolis garçons se déchirent en morceaux de laine irritante et enflammée. Mais voilà que les deux appartements dont j'ai la vue éclatent en sanglots de feu. Mais voilà que des langues de dragons s'agrippent à tout ce que nous sommes. Mais voilà, la lumière n'est plus et je n'y peux rien, je suis froid comme une statue. Mais voilà, j'en suis désolé, mais je n'y peux rien moi-même. La lumière dont tu étais la source et moi l'adorateur ; le feu dont tu étais le comburant et moi le combustible. Mais voilà, mais voilà...
Les échos rougeoyants de l'horrible incendie gravitent jusqu'à la fontaine et éclairent les monstres de pierre, parmi lesquels je me confonds presque complètement, dont les yeux brillent de fatalité et de rage malgré tout. Et ils se mettent, eux, sous l'effet de la colère, a craché de plus en plus de temps dans le bassin où se reflètent les flammes dévorant notre amitié. L'eau monte de plus en plus. L'eau déborde de plus en plus. Le liquide rougeoyant s'écoule dans les rues de la cité de ma mémoire de plus en plus. La ville se noie de plus en plus.
Et moi, dedans, qui ne peut que constater que l'incendie de nous se poursuit irrémédiablement sous la surface humide du temps. Et moi, qui se noie aussi, qui se meurt comme les rideaux, comme la lumière, comme le café dont j'ai profités, mais que je n'ai jamais soutenus. Pardon, désolé, mon alléluia est arrivé trop tard.
Voici que l'encre s'écoule dans la fontaine de cette feuille sur laquelle je te décris mon pire cauchemar : celui de te voir disparaître de ma vie et de ma mémoire à cause des torrents du temps et du feu dans mes mains. Mais voilà, de plus en plus, tu lis ces lignes, avec l'avidité d'une lectrice qui sait que l'on parle d'elle. Et ce simple fait que tu repasses tous ses mots sur la rétine de ton c½ur me console, me démontre que les torrents et les incendies ne sont qu'un cauchemar irréel, des idées noires qui resteront fausses à jamais. Tes yeux qui brillent d'une lueur infiniment plus tendre et doucereuse que le regard des créatures de la fontaine. Tes yeux qui empêchent mes songes destructeurs de devenir réalité. Mais voilà, de plus en plus... de moins en moins...
Tiens ma main, bel ange, que je ne sombre pas dans ce lac d'encre que j'ai versé sur cette feuille. Accroche tes doigts à mes griffes, émousse-les, réduis-les à la douceur et à la sagesse. Ne me laisse pas tomber dans ce flot de bêtise qu'est ma vie, car même si je tache, blesse et paraît horrible, les monstres que sont mes mots et mes gestes cachent une ville fantastique aux milles merveilles où un quartier tout peint d'or portera à jamais ton nom. Ils cachent un c½ur dans lequel tes rideaux resteront toujours ouverts. À jamais... et à ne jamais oublier.
À Karine
De Francis. Pas de l'Agrammatical. Pas du personnage. De Francis, celui où un c½ur, fait de chair et non de papier, te garde. »
Voilà, un texte, sculpture de mots si peu élégants pour décrire une fille, que dis-je, une femme du calibre de cette Karine, fabuleuse lumière contrant la noirceur de l'encre que je manipule en me noyant dans mes histoires. Vous ne connaissez pas cette Karine? Que voulez-vous! Le temps m'a donc choyé plus que vous de la mettre sur ma route. Car un voyage de vie croisant celui de Karine, c'est un peu comme croiser une clairière où abondent les jacinthes et les ancolies sous un soleil ardent, alors que l'on marchait depuis toujours dans une épaisse forêt de lianes coupantes et de fougères rêches sous un soleil brûlant.
J'ai mis ce texte ici, car je crains malheureusement de ne jamais avoir la chance, le privilège de recopier ce texte là où il doit se trouver, dans les pages de ce fameux album où, au fond, nos mots sont plus importants que le papier qui les porte. C'est que j'y ai déjà inscrit la première partie, pas celle-ci. Donc, en publiant ces mots sur cette page informatique, je le pose à un endroit où elle risque davantage de le trouver. De plus, je m'étale un peu, laissant les mots décrire mes sentiments au lieu de mes opinions... pour une fois.
Je vous promets de ne plus recommencer cet exercice peu gracieux d'exposer mes sentiments ici sous des mots d'occasion... (à moins de commentaires m'encourageant à le faire bien sûr ;) ) Mais pour une fille qui fait chanter le printemps, ça vaut la peine de déroger un peu de son habitude!